mercredi 9 décembre 2009

Désirée... pseudo-homme... s'abandonner

J'avais fait une liste de sujet que je voulais traiter ici mais, là, je prends le clavier sans la consulter, simplement parce que je viens de penser à un truc et que j'ai eu envie d'écrire là-dessus. Mais le temps de me rendre au clavier et de me brancher à Blogger (35 secondes) et j'ai eu le temps d'oublier ce qui m'a motivée à me lever du divan. Va falloir que j'y pense un peu.

Bon... Je ne sais plus. Ah oui, ça me revient (je suis retournée sur le divan, ça marche, ce truc-là). Je voulais parler de désir. Enfin je veux dire, être désirable... attirer les regards... se faire cruiser. Se laisser aller dans les bras d'un homme. Ben... ou d'une femme, là.

C'est bien sûr quelque chose que je n'ai jamais connu, et pas seulement parce que j'ai passé ma vie en tant que pseudo-homme, ou dans un corps d'homme si vous voulez... c'est plus compliqué que ça... j'aime mieux dire pseudo-homme. Parce que, un homme, je n'ai jamais réussi à être. Non, pas réussi. C'est bien sûr, j'étais une fille dès le départ. Avant d'expliciter cette notion, je veux juste préciser que, en tant que pseudo-homme, j'ai eu des blondes, des conjointes, mais comme on attendait toujours de moi que je sois un homme et que je ne peux pas agir et réagir en homme, ça clochait toujours, puis, ça foirait. M'abandonner dans les bras d'une femme, en tant que pseudo-homme... c'est comme, euh, plutôt peu probable. Ça ne m'est pas arrivé. Mais j'aurais aimé ça. Dans les bras d'un homme, c'est plus probable, et j'aimerais ça aussi.

Alors, avant de revenir au sujet de départ, j'explicite ce que je veux dire par pseudo-homme. Il s'agit de ce que je dégage plus que ce dont j'ai l'air, mais c'est aussi ce dont j'ai l'air. Déjà, enfant, je n'avais pas trop l'air d'un garçon, mais je n'avais pas non plus l'air d'une fille. On me traitait de fif ou de tapette assez régulièrement, mais pas tant que ça... enfin, je ne me rappelle pas que ça m'ait causé de gros problèmes. Je ne me rappelle pas avoir senti que c'était sérieux, et je ne me sentais pas homosexuel, et je ne croyais pas que les autres trouvaient vraiment que j'étais homosexuel. On me traitait de tapette, dans le sens de moumoune. Je ne sais pas comment dire moumoune pour les lecteurs français mais les Québécois comprendront (peut-être mauviette). Plus tard, à l'adolescence, j'ai pris conscience de plein de trucs, mais j'y reviendrai dans un autre texte.

Mais, enfant, j'essayais d'être garçon. J'essayais très fort puisque, comme tous les enfants, j'étais pris de l'instinct grégaire qui fait qu'on ne veut pas être mis à part, à l'écart. Je n'avais pas clairement conscience d'être une fille... on me disait garçon, j'ai un pénis, alors... je me suis dit qu'il fallait travailler plus fort pour réussir à être comme les autres garçon... J'avais conscience d'être différente, mais sans savoir comment. J'y reviendrai dans un autre texte.

Adulte, jeune adulte, dans la vingtaine disons, même combat. Je portais la moustache, je m'efforçais d'adopter des poses, des postures et des gestes mâles. Je n'allais pas aussi loin par contre qu'adopter certaines des attitudes et expressions habituellement associées aux mâles, des attitudes sexistes, machos, etc. Mon respect pour la femme a toujours été très grand. Trop grand pour être considéré comme un mâle, d'ailleurs. C'est ce qu'un de mes amis m'a fait comprendre à l'âge de... environ 22 ans. Lui qui avait toujours été assez populaire auprès des filles, et moi pas du tout, il m'avait dit que j'étais trop gentil (j'écris ici consciemment au masculin) avec les filles, qu'elles me voyaient comme un ami (ou comme une amie en fait), pas comme un chum potentiel... pas comme un mâle, donc. Depuis un an, j'ai beaucoup repensé à ce court épisode de ma vie car je trouve qu'il est très significatif. Cet ami avait tellement raison... en fait, ce qu'il me disait, peut-être sans le savoir mais ça c'est pas sûr, c'est: tu es une fille, c'est sûr que tu n'attires pas les filles.

Alors, quelle qu'en soit la raison précise, personne sauf peut-être ma famille (aveuglée), ne m'a jamais vraiment perçue comme un mâle. Ni les hommes, ni les femmes. Mais j'ai continué à essayer très fort d'être un homme, à tenter de paraître comme un homme, sans toutefois jamais tomber dans des excès de machisme que j'ai toujours déplorés. En fait, j'essayais, mais pas assez fort: ça n'a jamais marché. Aujourd'hui, quand j'y repense, il est bien évident que je ne pouvais être perçue comme un homme avec les moyens que je déployais: ce n'était vraiment pas suffisant... Mais je n'aurais pu faire mieux puisque ça aurait été d'aller contre ma nature.

Ce n'est que cette année que je constate que, au fond, ces tentatives n'ont jamais fonctionné. Je n'ai jamais été autre chose qu'un pseudo-homme, quelqu'un qu'on perçoit avec un sourire puisqu'on voit qu'il veut être, mais ça ne fonctionne pas. Un peu comme quelqu'un avec un déguisement. Un mauvais déguisement. Un peu comme un travesti, ou comme une transsexuelle dont la transition n'est soit pas complète, soit ratée (je reviendrai à ça aussi dans un autre texte). Bref, je n'ai jamais réussi à "passer" en tant qu'homme.

Un déguisement. J'ai revêtu un déguisement d'homme toute ma vie, et c'est une des raisons pour lesquelles les gens souriaient en me voyant: un mauvais déguisement. Ou ils riaient carrément. On riait de moi comme on rirait de qui que ce soit qui porte un déguisement un autre jour que l'Halloween. On a toujours ri de moi: à l'école, sur la rue, au magasin, à la discothèque... Les seuls endroits où je pouvais être tranquille étaient les endroits pour marginaux... et même là... quand j'y repense... Ah merde, quand j'y repense, c'est vraiment terrible et ça me donne envie de rentrer sous terre... d'en finir tout de sute avec cette merde de vie (je reviendrai aussi là-dessus).

Voilà, pseudo-homme. C'est ce que je veux dire. Évidemment, j'ai adopté assez tôt un style vestimentaire plutôt débraillé, bohème, mais ce n'est pas là la raison pour laquelle les gens riaient de moi puisque j'ai essayé tous les styles vestimentaires, et les styles qui amenaient le plus de sourires, de rires moqueurs, sont les styles les plus mâles. De fait, assurément, maintenant que j'y repense, les styles vestimentaires qui me convenaient le mieux ont toujours été les styles plus féminins, sans être féminins comme tels puisque je ne me suis jamais travestie. Et pourquoi avais-je adopté un style vestimentaire bohème, débraillé? Parce que rien ne me convenait et on riait de moi constamment lorsque je m'habillais comme les autres garçons, tout simplement. On me qualifiait de bizarre alors que j'étais habillée normalement, semblable aux autres garçons. Alors tant qu'à être bizarre, autant l'être vraiment. Comme je disais, mon seul refuge était la marginalité extrême.

Alors voilà là-dessus. J'y reviendrai sûrement. Parce que je sens que j'ai encore beaucoup à dire là-dessus.

Mais je voulais plutôt écrire sur le désir. Être désirée. Finalement, je sens que le propos principal sera moins exploité... C'est bien moi, ça. Toujours à côté de la track. Oui, j'aimerais être désirée et, en tant que mâle, ou pseudo-homme, ça n'arrive pas. Lorsque ça m'est arrivé, rarement, losrqu'une fille me désirait, elle me désirait en tant qu'homme, et s'attendait à ce que j'agisse en homme. Évidemment, je suis une fille, alors ça ne marche pas... je ne peux agir en homme puisque je n'en suis pas un. Très rapidement, la fille était déçue de mes attitudes non-mâles. Par ailleurs,  j'ai toujours voulu être désirée comme une femme est désirée, c'est-à-dire prise... dominée en quelque sorte. Une femme s'abandonne au désir de l'homme, se laisse aller, veut être dominée, se sentir protégée par les bras dominants, réconfortants et puissants de l'homme.

On va me dire que je tombe dans le cliché. Mais bien sûr! Les relations homme-femme sont des clichés et rien d'autre. Si on enlève tous les clichés de la surface de la Terre, que reste-t-il? S'il n'y avait pas de clichés et si ceux-ci n'étaient pas importants dans la société, il y aurait beaucoup moins de transsexuelles, sinon pas du tout. Avant de me dire "monsieur", on me demanderait si c'est monsieur ou madame. Pour moi en fait, ce monde est idéal, un monde sans clichés j'entends, mais il n'existe pas... nulle part, même dans les sociétés les plus ouvertes. Non, franchement, gardons les yeux en face des trous: nos sociétés fonctionnent essentiellement avec des clichés, des préjugés, des rôles bien définis pour les hommes et pour les femmes. Je ne serais pas en train d'écrire ceci ci ce n'était pas comme ça, il n'y aurait pas de transsexuelles, et je porterais des jupes depuis toujours. Ce n'est pas possible pour un homme de porter une jupe sans se faire regarder comme un extra-terrestre.

Et, donc... J'ai vu deux scènes, l'autre jour, une à la télé, l'autre en personne, au parc. Dans les deux scènes, un homme enlaçait sa blonde, la serrait fort contre lui de ses bras puisants. Ça m'a vraiment donné envie d'être comme ça, enlacée par des bras forts dans lesquels il ne me reste qu'à m'abandonner. Me sentir ainsi est impossible en tant qu'homme ou pseudo-homme. Ah oui, c'est vrai... si j'étais gay, ça se pourrait. Mais je ne suis vraiment pas gay.

Là, les straights, ceux et celles pour qui la transsexualité est une bête étrange, au même titre que les extra-terrestres peuvent l'être, c'est-à-dire quelque chose qu'on ne peut comprendre parce que c'est totalement dépourvu de références, ceux-là donc vont dire ici que mon propos est absurde puisque j'affirme ne pas être gay et qu'en même temps j'affirme désirer être désirée et enlacée par les bras puissants et rassurants d'un homme fort, alors que je suis biologiquement un homme. Pour bien des gens, si je dis que je suis attirée par les hommes, c'est clair que je suis gay.

Je sais que c'est étrange, j'en ai parfaitement conscience puisque je ne peux expliquer, ni même m'expliquer à moi-même avec précision ces sentiments, ces désirs, et tout le reste d'ailleurs de ce qui se passe dans ma vie depuis près d'un an.

Je suis une fille. J'ai un pénis et des couilles, qui produisent de la testostérone qui se répand depuis toujours dans mon corps, mais je suis une fille quand même. C'est tout ce que je peux avancer comme explication. Rien n'est très clair pour moi non plus.

Ce qui est clair, c'est que j'ai envie de me laisser aller à quelqu'un de fort comme dans les deux scènes que j'ai vues l'autre jour, pas seulement pour un instant... et que je ne sais même plus comment je ferais si j'étais avec une fille puisque... ben, puisque tout appellerait à ce que je sois les bras forts. Et ça, je n'ai jamais vraiment pu, et je le pourrais encore moins, même pas du tout. Si je me retrouvais avec une fille, ce serait une relation lesbienne ou ce ne serait rien du tout.

Suis-je attirée par les hommes ou les femmes? À vrai dire, je ne sais plus. Depuis que je suis enfant, très, très jeune, je suis fascinée par la beauté des femmes. Je le suis tout autant aujourd'hui qu'avant. Je m'étais toujours gardée d'être attirée par les hommes, sauf une fois, quand j'avais environ 9 ou 10 ans. Mais je m'étais empêchée de me laisser aller dans ce sentiment puisque... puisque je ne voulais pas être une "tapette" et me retrouver encore plus ostracisée que je ne l'étais déjà.

Donc j'avance que je ne me suis pas développée comme homme gay pour différentes raisons, les 3 principales étant 1- que j'ai toujours su que j'étais attirée par les filles, 2- que je ne voulais pas être marginalisée plus que je ne l'étais déjà, et... 3- que je suis une fille (donc je ne peux être un homme gay).

Et si j'ai clairement exprimé que je suis transsexuelle, c'est-à-dire une femme dans un corps d'homme (de pseudo-homme), il y a maintenant près de 11 mois, ça fait quand même plus de 10 ans que je sais que je suis attirée sexuellement par l'organe génital mâle (avant, je repoussais cette idée). Mais ce n'est pas quelque chose de clair... J'aurais aimé à l'époque, il y a 10 ans, faire l'amour à trois avec ma conjointe et un autre homme, afin que je puisse être en présence d'un homme lors de l'acte sexuel. C'est une façon détournée et c'est significatif. Je ne suis pas clairement attirée par les hommes, plutôt par les femmes, mais ça m'attire quand même, les pénis. J'ai souvent eu l'occasion dans ma vie de faire l'amour avec un homme gay, et encore tout récemment. Je ne l'ai jamais fait.

Je pense que tout cela est significatif du fait que je suis transsexuelle. Le désir des hommes est là, mais comme je ne suis pas biologiquement femme, ni reconnue comme femme, il y a une retenue. Ce qui m'attire vraiment d'un homme est sa puissance, sa force, sa protection, son pouvoir de dire où on va, de décision... Tout cela bien représenté par l'image des 2 scènes que j'ai vues l'autre jour de femmes se laissant enlacer par les bras puissants de leur homme.
Voilà.
Je crois que ça exprime clairement ce que je voulais dire.

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