mardi 24 novembre 2009

C'est injuste

J'ai failli m'endormir sur le divan. Je suppose que ça aurait été normal: j'ai dormi assez peu la nuit dernière... entre 2h30 et 8h30 environ. Ça nous fait... ah ben, 6 heures, c'est pas si mal. Je n'avais aucune raison de m'endormir.

Faut dire que je ne vais pas bien.

Ah et puis... et puis merde. Je ne vais quand même pas commencer à m'épancher sur tous mes problèmes. Je ne pense pas que ça intéresse. Mais d'un autre côté, j'écris ce blog pour moi...

Si seulement je pouvais avoir essentiellement comme problème d'être une transsexuelle ratée. J'aimerais bien pouvoir me concentrer là-dessus, et juste là-dessus. Mais comme je l'ai écrit précédemment, ma vie n'a jamais été simple. Il semble d'ailleurs qu'elle soit de plus en plus compliquée et lourde. Et je devrais me promener, guillerette avec mon chien. Pffff, c'est lourd, très lourd à porter, tout ça. Quoi ça? Ah ben... avez-vous quelques heures? Non, sérieusement, je vais laisser faire les détails pour ce soir.

Les reçus de mes visites chez ma psy sont là, devant moi, empilés. Ils étaient dans mon portefeuille jusqu'à ce que je les en retire hier lorsque j'ai écrit mon billet que vous pouvez lire plus bas. Je me suis demandé combien il y en avait, puis j'ai écrit le nombre de mois depuis que je la vois. J'ai écrit sept mois, je crois. Je ne sais plus. En fait, c'est 14 rencontres de 55 minutes. Quatorze rencontres, dont finalement assez peu à discuter de transsexualisme. Mais voir une psychologue... en tout cas moi, ça pousse à faire l'introspection. J'ai toujours fait beaucoup d'introspection de toute façon. Mais d'une marmite qui mijotait tranquillement, mon introspection est passée à un cocotte-minute (un presto) sur le point d'exploser, et ce du mois de mai au mois d'octobre. En fait, ma psy n'y est pour presque rien. Je ne sais pas, c'est peut-être toujours comme ça...

J'ai revu toute ma vie... des tas de séquences de quand j'avais 5 ans, 6 ans... 10 ans, 12 ans... bien sûr, tout le reste également, toute mon adolescence, ma vingtaine, la trentaine... tout. Il faut dire que les scènes de 5 ans à 20 ans sont les plus importantes. À 20 ans, une espèce de glue s'est installée... bien sûr, je me suis mise à travailler. Passons... pour le moment.

Je n'ai eu que 14 rencontres avec ma psy, mais en 7 mois, ça fait à chaque fois (en moyenne) deux semaines d'introspection intense. Et ce n'est pas fini.

Tout ça pour dire quoi? Ben euh... que ma vie a été et reste complexe, compliquée, chiante, bancale, difficile à vivre.

J'ai toujours été très étrange. Au yeux des autres. Je le voyais dans leurs yeux, je le vivais dans leurs actions et réactions envers moi. Au début, j'avais l'impression que ça se tasserait. Puis, c'est vers 13 ans, j'ai compris que ça ne se tasserait pas. J'ai alors décidé de mettre le paquet. Vous me trouvez bizarre? Attendez un peu...

Je me suis un peu perdue là-dedans. Encore aujourd'hui d'ailleurs. Je coupe des bouts, là, sinon il y en aurait pour 40 pages au bas mot.

Quoi qu'il en soit, la première introspection très intense que j'ai faite avec ma psy, ou plutôt guidée par elle mais faite essentiellement par moi-même, elle a concerné moi transsexuelle. J'ai remonté dans mes souvenirs et j'ai découvert que j'étais déjà fille... très jeune, quatre ans. En fait, depuis ma naissance, mais les premiers souvenirs que j'ai d'une prise de conscience que je n'étais pas comme les autres garçons date de quand j'avais 4 ans. Mais ce n'était pas une prise de conscience très claire puisque la transsexualité ne me paraissait pas possible... ça n'existait pas comme concept dans ma tête, ni autour de moi. Mais je voyais bien que je n'étais pas garçon comme les autres.

Puis, l'école a commencé. D'abord la maternelle. J'étais à part. Je n'étais ni avec les filles ni avec les garçons. Complètement à part. Seule. Toute seule dans mon coin. Je peignais des tableaux à la gouache que ma mère trouvait affreux, noirs et violet foncé. Alors, déjà là, il était évident qu'il y avait un problème.

Je n'aimais pas être avec les autres. Je n'aimais pas aller à la maternelle. Ça m'emmerdait royalement, et j'avais hâte de retourner chez moi, auprès de ma mère ou seule. J'ai toujours été bien seule. C'est encore le cas aujourd'hui. Mais j'aimais bien aussi me tenir avec ma mère dans la cuisine, alors qu'elle tourbillonnait pour préparer soupe, plat principal et dessert pour 9 personnes. J'ai toujours aimé regarder ma mère cuisiner, et je lui posais toutes les questions, ça c'est quoi, pourquoi tu fais ça... juchée sur le comptoir ou collée contre elle près de la cuisinière. Je n'avais jamais réalisé que c'était pas mal fille comme comportement, et je m'étonne que ma mère n'ait pas vu ça, qu'elle ne se soit pas demandée pourquoi je ne jouais pas plutôt au hockey, aux autos, ou que je n'étais pas avec mes frères autour de la télé.

Mais la première fois où je me suis le plus rapproché de la prise de conscience que j'étais une fille, ça a l'air que j'avais à peu près 10 ans... en fait, c'est ma soeur qui m'a rappelée cette anecdote, moi, je l'avais comme oubliée... donc c'est elle qui dit que j'avais environ 10 ans, sais pas, peut-être 9... Mais je m'en suis rappelé mieux qu'elle par après. Ma mère étendait du linge sur la corde. On était dans la cour chez nous, autour de la corde à linge, moi, ma soeur et ma mère. J'ai dit comme ça, sans préambule, qu'il était injuste que les femmes puisse porter des robes, des jupes, des blouses de couleurs, et des pantalons, toute cette variété de linge, et que les garçons, eux devaient porter toujours pratiquement la même chose. Ma mère a répondu: "OK, on va t'acheter une petite jupe", ce à quoi j'ai rétorqué aussitôt: "Ce n'est pas ce que je voulais dire!!!"

Alors ma soeur, qui a 5 ans de plus que moi, a son interprétation de cette scène. Mais à partir du moment où elle me l'a rapelée, je m'en suis souvenu comme si c'était hier, de cette scène. Et ce que je voulais dire c'était clairement: j'aimerais ça être une fille et pouvoir porter des robes et des jupes, c'est injuste que je sois un garçon. Ma soeur, elle, pense que je revendiquais simplement le droit aux hommes de porter des jupes et des robes, mais c'est sûr que ce n'est pas ça. À preuve, ce que j'ai rétorqué. Je n'imaginais pas du tout que je puisse porter des jupes puisque j'étais un garçon et que les garçons doivent.... Mais je voulais en porter. De voir tous ces morceaux, toutes ces couleurs étalées devant moi (le linge pour gars était toujours de couleurs plattes en ce temps-là), ça me donnait envie... mais je savais bien que c'était impossible... et c'est pourquoi je disais que c'est injuste. Après tout, je pense que je sais plus que ma soeur ce que je voulais dire. Je m'en souviens que je voulais dire que je préférerais être une fille, mais je ne pouvais pas dire ça comme ça. Je m'en souviens, parce je me souviens du sentiment qui m'a poussée à dire ça.

Quand ma soeur m'a rappelé cette scène de notre jeunesse, ça a fait débouler une foule de souvenirs intérieurs. J'ai passé un été très intense à ne faire pratiquement que ça, me rappeler moi. Dans un premier temps, avec le filtre "fille". Il faut dire que je ne travaille pas. Ça laisse beaucoup de temps pour l'introspection.
Bon, assez pour aujourd'hui, je parlerai de mes souvenirs beaucoup plus précis de quand j'avais 15 et 16 ans une autre fois.
:-)

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