mercredi 23 décembre 2009

Tout est dans ma tête

Tout est dans ma tête. C’est comme si le fait que je suis une fille n’existait pas, sauf dans ma tête. Que ce soit avec mes amies et amis qui savent, ou encore dans la rue, au magasin… Je suis une fille mais personne ne le sait, ne le voit, personne ne fait comme si…

Parfois.

Armée presque seulement de mes cheveux longs et d’un trait de crayon noir sous les yeux, ah oui mes ongles aussi, je vis dans mon quartier où…

Ben, non, je ne passe pas inaperçue. Je n’ai jamais passé inaperçu. Mais le moi fille, oui…

Merde, c’est difficile, écrire ça.

Je ne sais pas pour qui j’écris, c’est ça le problème, je pense. Pour personne, je suppose, juste pour moi-même.

Oui, c'est difficile et je ne sais pas. C'est étrange...

Si peu pour montrer que je suis une fille... si peu... un trait de crayon noir sous mes yeux.

Certains ne le remarquent même pas, d'autres me trouvent tellement weird, bizarre et déplacée qu'ils me zieutent avec un air sévère de reproche.

Mais comme je l'ai dit, je n'ai jamais de ma vie passée inaperçue, les gens m'ont toujours trouvée étrange et m'ont toujours regardée d'un air bizarre. Mais j'ai à peine mes cheveux longs pour attirer les regards. L'hiver m'a obligée à les recouvrir, de même que mes mains, et je ne peux donc montrer mes ongles longs... je les ai tous... c'est la première fois que je réussis à avoir 10 ongles longs. Ça m'aura pris une dizaine de mois à m'habituer et à réussir à ne plus les casser.

Je n'ai jamais passé inaperçue et je suis tout à fait habituée à ce qu'on me regarde sur la rue, au magasin... Mais depuis quelque temps, je peux bien voir que les regards sont plus insistants, dénotent plus de reproches... sont plus longs, plus soutenus.

Alors c'est le paradoxe.

Tant je sens le rejet de la société à cause d'un simple trait de noir sous mes yeux, tant je sens que le fait que je suis fille passe totalement inaperçu.

Ça ne fonctionnera pas. Jamais je ne passerai pour une fille. Tout ce qu'une transition peut me donner, c'est d'être encore plus ostracisée que je l'ai toujours été. C'est semble-t-il très grave pour quelqu'un qui a un corps d'homme d'emprunter quelque signe extérieur que ce soit de l'autre genre (je suis certaine qu'une fille qui s'habille en gars se fait moins regarder que moi).

J'ai l'air d'un travesti. Ça doit être ça. La seule image que les gens ont dans la tête d'un gars qui se maquille, porte les cheveux longs... a quelque signe extérieur que ce soit emprunté au genre fille, c'est l'image d'un travesti... une tapette, une moumoune.

OK pour moumoune ;-)

Ça doit être ça.

Eh bien je revendique le titre de moumoune. Je suis effiminée, oui. Je l'ai toujours été. C'est en bonne partie ce qui fait que les gens m'ont toujours regardé bizarre sur la rue et ailleurs. Mais là, il semble que je dépasse les bornes en mettant ohhhh si peu de maquillage, si peu...

L'autre jour, mon ex m'a dit que ça avait l'air fou, mes yeux maquillés. C'était probablement l'avis de ma fille aussi, qui était là à ce moment. Je n'ai pas su quoi répondre... me battre? lancer une vacherie moi aussi? me défendre... Je suis partie sans rien dire, seulement ciao. Eh oui, j'ai des enfants... et une ex... en fait, deux enfants, deux ados. Tout ce qu'ils savent à part que j'ai toujours été étrange, c'est ce que je montre: mes cheveux, mes yeux, mes ongles. Je n'imagine même pas leur en dire plus. Ce serait le choc.

C'est pas évident, tout ça. Vraiment pas.

Je n'ai jamais su qui j'étais... J'étais certaine de m'être rapprochée de ce que je suis vraiment en m'avouant, finalement, que je suis une fille. Eh bien la société me refuse ça.

Juste un peu de noir sous mes yeux et la société me dit que je transgresse une ligne (noire? hihi) que je n'ai pas le droit de transgresser.

Je ne suis pas certaine d'avoir avancé, là... On dirait même que je m'approche d'une espèce de grand trou.

Noir.

Comme la ligne sous mon oeil.

J'ai tout autant  le sentiment que le 'moi' fille passe tout à fait inaperçu, ce qui me fait chier (qu'est-ce donc qu'être une fille, quelques apparats?), et j'ai tout autant le sentiment que j'affiche beaucoup trop au goût de la société des fille, que ça choque, que les gens trouvent ça laid, que je transgresse une ligne qui n'a pas le droit d'être transgressée... La délimitation des genres semblent essentielle au bon fonctionnement de la société.

D'autres diront que tout cela est dans ma tête, que rien de tout cela n'existe.

Dans ma tête.


sais pas...

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